Narjiss Nejjar: Mon film “Apartide” représente l’étape de maturité de mon parcours cinématographique

La réalisatrice Narjiss Nejjar, a indiqué que son film “Apatride” qui est projeté à la 68ème édition du Festival international du film de Berlin (Berlinale) représente l’étape de maturité de son parcours cinématographique.

“Tout le monde reconnait peut-être dans ce film la réalisatrice des +yeux secs+, mais je ne le suis plus car ma vision des choses, en tant que femme qui se pose un tas de questions, évolue”, a confié à la MAP Narjis Nejjar, en marge de la projection de son film lors de ce festival.

Elle s’est dit fière de voir un grand public de cinéphiles applaudir chaleureusement son film. “Quand on applaudit ma réalisation, on applaudit tout le cinéma marocain et quand la salle affiche complet lors d’un aussi grand festival, je sens qu’il y’a encore beaucoup à espérer”, a-t-elle ajouté.

“Pour moi, c’était un moment très émouvant que je voulais partager avec l’ensemble de mes collègues marocains en leur signifiant que leur rêve se doit d’être toujours grand car tout est possible”, a-t-elle affirmé.

Interrogée sur la présence des femmes dans ses films, Narjiss Nejjar a expliqué qu’elle braque surtout ses projecteurs sur la catégorie qui ne peut ou à laquelle on interdit de s’exprimer. “Et puisque les femmes sont la catégorie la plus précaire, je m’efforce d’en être la porte-parole”, a-t-elle confié.

Narjiss Nejjar a tenu à souligner que son film “Apatride” qui s’attaque à un pan sensible de l’histoire marocaine, à savoir l’expulsion de 350.000 Marocains d’Algérie en décembre 1975, est “un geste de sa part pour mettre en lumière certains faits qui me font mal ou d’autres qui me donnent le sourire”.

Pour la réalisatrice, ce film est avant tout un devoir de mémoire envers ces Marocains qui ont été expulsés d’Algérie. “Le fait d’oublier cette étape de l’histoire du Maroc, c’est oublier 350.000 Marocains qui ont vécu l’enfer de l’expulsion”, a-t-elle soutenu.

Le film projeté dans le cadre de ce festival a été suivi par un grand public de cinéphiles qui ont applaudi chaleureusement ce long métrage qui suit le parcours d’une femme de 35 ans, hantée par une enfance déchirée par cet exil forcé qui a séparé de nombreuses familles maroco-algériennes.

L’héroïne, qui avait douze ans lorsqu’elle a fui au Maroc avec son père, laissant sa mère seule en Algérie, a grandi avec une obsession: revenir en Algérie et retrouver sa mère.

Le film est interprété par des acteurs comme Aziz El Fadili (“La Brigade”), Avishay Benazra (“L’orchestre de minuit”) et Julie Gayet (“Quai d’Orsay”).

Le film, une co-production franco-marocaine (Moon&Deal et La Prod), a reçu des subventions du Maroc et du Doha Film Institute.

Conçu comme une fable, le film est destiné à entrer en résonance avec les conflits contemporains dans de nombreuses régions du monde (du Moyen-Orient à l’Asie occidentale), a confié la réalisatrice.

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La participation marocaine à ce festival est marquée aussi par la projection du dernier film du réalisateur, scénariste et romancier marocain Hicham Lasri, “La blessure la plus rapprochée du soleil” (Al Jahiliya), un film choral qui traite de la hogra (“le mépris” en arabe marocain).

La 68ème édition du festival international du film de Berlin a été inaugurée par “L’île aux Chiens”, tout dernier long-métrage du réalisateur américain Wes Anderson.

Au programme de ce festival, figure la projection de quelque 385 films, dont 19 sont en lice pour remporter les Prix de l’Ours d’Or et de l’Ours d’Argent.