Faut-il diaboliser le jeu vidéo?

La culture numérique est bien installée. Ordinateurs, smartphones et Internet, supports des jeux vidéo, sont présents dans quasiment tous les foyers français. Si le succès planétaire du jeu vidéo a contribué à le normaliser dans nos sociétés contemporaines, il a aussi charrié avec lui une nouvelle inquiétude, celle de son potentiel « addictif ». 

Une menace terrible pour la jeunesse de 2017 à en croire les nombreux témoignages relayés année après année dans la presse généraliste, prise par conséquent très au sérieux par différents gouvernements : la Chine, la Corée du Sud et plus récemment les Etats-Unis se sont ainsi tous dotés de centres de « désintoxication » pour gamers compulsifs, qui tiennent à la fois de la clinique médicale et du camp militaire, pour réintégrer les « accros» dans la société.

« Il faut apprendre aux enfants à avoir un usage raisonnable des écrans », estiment les spécialistes de l’addictologie Bruno Rocher et Jean-Pierre Couteron. En outre, les éditeurs doivent s’interroger sur leurs produits.

L’Organisation mondiale de la santé intégrera le « trouble du jeu vidéo » dans la nouvelle classification internationale des maladies qu’elle publiera en juin prochain.

L’OMS s’est basée sur les conclusions d’experts de la santé dans le monde entier pour considérer qu’il peut y avoir une véritable addiction aux jeux vidéo, comme il peut y en avoir pour les jeux de hasard ou d’argent.

Si le trouble du jeu vidéo est un concept relativement nouveau qui ne bénéficie pas encore de nombreuses données épidémiologiques, « les experts de la santé sont d’accord pour dire qu’il y a un problème », fait valoir Tarik Jasarevic de l’OMS.

 

Une personne ne sera diagnostiquée comme souffrant de ce trouble seulement après au moins un an d’addiction anormale au jeu.

D’après l’institut fédératif des addictions comportementales (Ifac), plusieurs symptômes sont caractéristiques de l’addiction. À commencer par un temps important consacré au jeu qui se fait au détriment d’autres activités nécessaires à l’équilibre, notamment les relations sociales ou familiales et une incapacité à contrôler et à réduire son temps de jeu.

Concernant les signes d’alerte évoqués sont la fatigue, l’absentéisme scolaire, le retrait social, l’enfermement, les passages à l’acte plus ou moins violents, des dépenses excessives, des conséquences sur le sommeil et l’alimentation. Mais l’épine dorsale de ces effets renvoie à une « captation de l’attention », aussi évocatrice à chacun que difficile à définir.

Afin de dénouer ces liens complexes, ne redoutons pas d’aller dans le champ de l’addiction. Il ne se résume ni à la formule « l’addiction est une maladie du cerveau », ni à l’utilisation de drogues ou de substances psychoactives. Au contraire, l’addictologie est par nature complexe et s’intéresse aux interrelations singulières de l’individu, de son contexte et du comportement d’usage.

Chez l’adulte, les usages excessifs repérés permettent de remonter le fil d’un continuum allant de la simple utilisation à la dépendance. Une approche addictologique ouvre à la réduction des risques et à des stratégies de soins diversifiées.

L’Ifac fait état de deux études relativement anciennes, l’une réalisée aux États-Unis en 2009 et l’autre en Espagne en 2002 qui toutes deux estimaient à environ 8 % la part des jeunes de 8 à 18 ans qui présentaient des symptômes d’addiction.