Scandale sexuel: Oxfam soutien historique au Polisario, secoué

L’ONG britannique Oxfam, soutien historique au Polisario, est secoué par un énorme scandale sexuel dans lequel sont impliqués ses agents déployés à Haïti après le séisme de 2010.

L’enseigne Oxfam est partout, indissociable du paysage urbain britannique. Au Royaume-Uni, chaque high-street (principale rue commerçante des villes) ou presque compte une, deux ou trois charity shop, ces boutiques caritatives qui vendent au profit de leurs organisations les vêtements, chaussures, livres ou disques issus de dons.

Il y en a environ 11 200 au Royaume-Uni, dont 750 portent le logo vert pomme d’Oxfam, reconnaissable entre tous. Chaque année, elles récoltent environ 305 millions d’euros pour leurs organisations, dont elles sont un peu le porte-drapeau. Elles étaient jusqu’à présent le symbole de la générosité des Britanniques: plus de 60% d’entre eux versent chaque année une contribution financière à une organisation caritative.

Mais cette générosité pourrait être remise en question après la mise en lumière d’un scandale sur la conduite de certains membres du personnel de ces organisations caritatives. Oxfam a été la première désignée, mais d’autres sont désormais aussi visées.

D’après le Times, plusieurs membres d’Oxfam, une ONG qui est connue pour son soutien au Front séparatiste du Polisario, de s’être fait payer les services de prostituées grâce à l’aide humanitaire destinée au soutien des populations haïtiennes après le séisme de 2010. Une source citée par le média révèle l’existence d’une vidéo d’une orgie organisée dans les appartements de l’organisation à Haïti. Les filles y étaient ramenées par les chauffeurs travaillant pour l’ONG sous la menace de perdre leurs contrats.

L’enquête évoque également d’éventuels abus sexuels commis par certains de ces agents dans ce pays. Pire encore, l’ONG aurait, selon le journal britannique, été mise en garde concernant le comportement de son directeur dans ce pays envers les femmes avant même sa nomination, mais elle a préféré les ignorer.

En réaction à ce scandale, l’Oxfam a affirmé qu’elle avait déjà mené une enquête sur cette affaire en 2011 suite à laquelle des sanctions ont été prises. Quatre de ces employés avaient alors été mis à la porte et trois autres ont préféré démissionner, dont le directeur du pays concerné. Aujourd’hui, c’est au tour des autorités britanniques d’entrer en scène, puisqu’elles ont réclamé à l’ONG de leur fournir toutes les informations concernant cette affaire, au risque de se voir couper les aides qui lui sont reversées chaque année.

Ces personnes ont pu ensuite se faire embaucher par d’autres organisations caritatives. Roland van Hauwermeiren a ainsi travaillé comme chef de mission au Bangladesh, d’août 2012 à août 2014 pour Action contre la faim (ACF). Contactée par Libération,l’organisation caritative française a indiqué «n’avoir jamais reçu aucune alerte sur des conduites sexuelles inappropriées ou des abus pendant son engagement avec ACF. Depuis la fin de sa mission au Bangladesh, nous n’avons plus eu l’occasion de travailler avec lui».

Mais ACF souligne que, «pendant notre processus de recrutement, Oxfam ne nous a pas communiqué les raisons de la démission de son chef de mission en Haïti, ni les résultats de l’enquête interne. Nous n’avons reçu aucun avertissement d’Oxfam vis-à-vis de Roland van Hauwermeiren. Qui plus est, nous avons reçu des références positives de la part d’anciens employés d’Oxfam – qui parlaient en leur nom propre – qui avaient travaillé avec lui, dont un membre chargé des ressources humaines», a précisé un porte-parole d’ACF. Il a insisté sur la «charte de principes» qui gère ACF pour appliquer le «principe de zéro tolérance vis-à-vis des abus de pouvoirs et de conduites manquant aux principes d’éthiques». ACF a précisé disposer d’un «processus interne robuste pour détecter les potentiels manquements».

The Observer a révélé que lors d’une mission au Tchad en 2006, également dirigée par Roland van Hauwermeiren, les mêmes faits s’étaient produits, la venue régulière de prostituées dans la villa où vivait le personnel d’Oxfam. De son côté, le Sunday Times a estimé que le problème dépassait en fait largement le seul cas de l’organisation d’Oxfam et qu’en 2017, pas moins de 120 salariés d’organisations caritatives britanniques avaient été accusés d’abus sexuels.

Ces révélations auront sans aucun doute un impact important sur le débat récurrent au Royaume-Uni sur la question du montant de l’aide internationale. Le pays est un des plus gros donneurs au monde. Il consacre 0,7% de son PIB à l’aide internationale – une recommandation de l’ONU – et a même, en 2015, inscrit ce pourcentage dans la loi. En 2016, quelque 15 milliards d’euros ont été dépensés par le gouvernement britannique pour l’aide internationale au développement.