« Indépendance », « égalité »… Que pense El Othmani des droits des femmes?

Saad Eddine El Othmani s’est montré favorable à un renforcement des droits pour les femmes. Une position qui reste très attachée aux préceptes religieux, mais qui dénote avec les positions traditionnelles des islamistes et du PJD. Pour la comprendre, il faut se plonger dans les écrits de l’alem docteur.

« Les concepts religieux dépassés au sujet de la femme devraient être reformés et rectifiés », a affirmé Saad Eddine El Othmani lors de la séance des questions orales du 25 décembre à la chambre des représentants. « Durant les dix dernières années, la condition de la femme a évolué. Ce n’est pas assez, mais on avance », dit-il, ouvrant la voie à une nouvelle réforme de la moudouwana.

Jugés « explosifs » par le quotidien Assabah dans son édition du 27 décembre, les propos du chef du gouvernement dénotent en effet dans les milieux islamistes qui avaient freiné des quatre fers une réforme du Code de la famille. Mais c’est oublier qu’El Othmani a toujours adopté une position modérée au sujet de la femme.

Pour comprendre comment l’actuel chef du gouvernement voit les droits des femmes, il faut se plonger dans les écrits prolifiques de l’alem docteur. Retour sur trois principes (l’égalité, l’indépendance et la participation de la femme dans la société) défendus, sous un prisme strictement religieux, par Saad Eddine El Othmani dans un essai intitulé « la question femme et la psychologie du despotisme ».

S’ils ne disent pas tout de la vision du dirigeant islamiste, ces écrits donnent tout de même un aperçu des convictions du secrétaire général du PJD.

Critiquant la manière binaire et unilatérale de l’Occident de traiter de la question femme, El Othmani part du postulat selon lequel « l’Islam est le plus grand mouvement de reforme et de défense de la femme dans l’histoire de l’humanité (…) la plupart des sourates et hadith traitant de la femme ont été révélés pour lever le voile sur l’injustice à laquelle elle fait face et mettre fin aux coutumes iniques à son encontre ».

Cependant, il déplore l’interprétation « erronée » du texte religieux par les musulmans: « L’Islam a célébré la femme et a combattu sa chosification et son exploitation sexuelle. Sauf que les musulmans souffrent malheureusement d’un trouble aigu au sujet des concepts liés à la femme, sa relation avec l’homme, son statut dans la société. Ces concepts ont été influencés par des interprétations rigoristes ».

Tous égaux devant Allah

Selon El Othmani, les textes religieux consacrent « l’égalité entre l’homme et la femme sans discrimination ». « Inutile de chercher une preuve, car c’est le postulat originel », affirme-t-il. Il s’appuie sur des versets du coran pour étayer ce principe de l’égalité. Comme le verset 13 de la sourate Al Hujurate: « Ô hommes! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux ».

Pour le chef du gouvernement, le coran n’a pas uniquement entériné le principe originel de l’égalité entre l’homme et la femme, il a aussi consacré des versets à l’égalité en termes de responsabilités, de travail et de châtiment.

El Othmani cite le verset 195 de sourate Al Imran: « En vérité, je ne laisse pas perdre le bien que quiconque parmi vous a fait, homme ou femme (…) Ceux qui ont émigré, qui ont été expulsés de leurs demeures, qui ont été persécutés dans mon chemin, qui ont combattu, qui ont été tués, je tiendrai pour expiées leurs mauvaises actions, et les ferai entrer dans les Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, comme récompense de la part d’Allah ». Il conclut que si plusieurs versets évoquent l’homme et la femme, « c’est une manière de combattre les idées d’inégalités répandues à l’époque ».

El Othmani souligne aussi « des exceptions détaillées par la charia selon la nature de l’homme et de la femme sans que cela soit une manière de rabaisser une partie par rapport à l’autre ». Il appuie son propos par le verset 32 de la sourate Al Nissae: « ne convoitez pas ce qu’Allah a attribué aux uns d’entre vous plus qu’aux autres; aux hommes la part qu’ils ont acquise, et aux femmes la part qu’elles ont acquise. Demandez à Allah de sa grâce. Car Allah, certes, est omniscient ».

Toutefois, l’argumentaire de Saad Eddine El Othmani se heurte à la contradiction de sa propre logique religieuse. Dans la même sourate, le verset 34 énonce que « les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles ». « Il s’agit d’obéissance avec des limites, sinon elle verserait dans l’injustice », analyse El Othmani dans son essai.

Par rapport à la question de l’héritage, citée dans la même sourate, El Othmani explique que le principe voulant que le fils obtienne  » une part équivalente à celle de deux filles » n’est pas immuable. « La femme peut hériter la même chose que l’homme, voire plus », estime-t-il.

Femmes indépendantes et impliquées

Le chef du gouvernement est convaincu que les femmes sont indépendantes et participent activement dans la société selon les préceptes de l’Islam. Au sujet de l’indépendance de la femme, il écrit: « Comme l’appréciation des femmes est la même que pour les hommes, cela fait des femmes des personnes indépendantes. Elles ne sont pas forcément soumises à l’homme ».

Saad Eddine El Othmani ne cite aucun texte religieux, mais explique que plusieurs oulémas (sans citer de noms) s’accordent à dire que la femme est libre dans la gestion et l’investissement de son argent et responsable de ses agissements. Et s’il y a des exceptions (relative à la famille et aux époux), « elles sont conditionnées par le texte (coran) ».

Il explique également que l’islam a encouragé la femme à être active dans la société. Et donne l’exemple de « sa présence » lors des prières du vendredi, les fêtes, le Hajj ou dans les conseils d’oulémas. Il cite le verset 72 de la sourate Al Tawba: « Aux croyants et aux croyantes, Allah a promis des jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour qu’ils y demeurent éternellement, et des demeures excellentes, aux jardins d’Eden. Et la satisfaction d’Allah est plus grande encore, et c’est là l’énorme succès ».