Donat Bukasa Kanda: l’intégration des immigrés subsahariens au Maroc

Né au sein d’une famille congolaise de douze enfants, Donat Bukasa Kanda s’est embarqué très jeune dans un voyage d’exception qui l’a conduit à devenir l’une des chevilles ouvrières en faveur de l’intégration socio-économique des immigrés subsahariens au Maroc.

Infatigable homme de l’ombre, Donat opère sur plusieurs fronts. Il est rapporteur du Comité de pilotage provincial (CPP) intervenant dans le cadre du programme d’amélioration de l’employabilité des jeunes ruraux (PEJ), mis en place par la coopération technique allemande (GIZ) pour la période 2015-2020. Il est aussi coordinateur du programme Active Citizen, lancé par le British Council, et porte-parole du groupe de travail sur les ressources naturelles en Afrique, en partenariat avec HBS Foundation (Heinrich-Böll-Stiftung) Afrique du Nord, dont l’objet est la protection des droits climatiques des autochtones africains.

Toutefois, c’est au sein de l’association Jiber pour le développement rural et l’environnement, dont il est actuellement directeur général, que l’engagement de Donat a pris toute son ampleur.

L’histoire commence le 27 octobre 2012, date où Donat est arrivé au Maroc avec un visa d’études en poche. C’est à Fès qu’il a mené ses études et obtenu une licence en finances et management, mais qu’il a également imposé sa fibre associative, devenant, le temps d’une année, président de la communauté africaine à Fès. C’est ainsi qu’il a été repéré et approché, en décembre 2015, par l’association Jiber, basée à Sefrou.

“Suite à une collaboration, ils m’ont proposé de diriger l’organisation en tant que directeur général. Nous avons mené plusieurs projets concernant l’intégration des migrants subsahariens au Maroc, surtout dans les volets économique et culturel”, relève Donat dans un  entretien accordé à la MAP.

Selon lui, cette question de l’intégration des migrants subsahariens au Maroc est d’actualité, notamment à la lumière de l’ouverture du Royaume sur l’Afrique et de l’Orientation tracée par SM le Roi et concrétisée par la Stratégie nationale d’immigration et d’asile, mise en place en 2013.

“Nous croyons que pour qu’un immigrant puisse accepter de vivre et de résider de manière durable et permanente dans un pays d’accueil à l’instar du Maroc, il faut aller au-delà des activités sociales ponctuelles”, estime-t-il, citant en argument d’autorité l’ancestral dicton chinois attribué à Confucius “quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson”.

Donat met ainsi l’accent sur l’impératif de vivre dignement de son propre travail, d’où la nécessité du projet mené par Jiber et consistant en l’intégration économique du migrant dans le domaine agricole marocain.

“Nous accueillons les migrants qui sont régularisés, nous les formons dans plusieurs domaines de l’agriculture, comme l’aviculture, l’arboriculture fruitière et l’apiculture, ensuite nous essayons d’assurer un travail d’intermédiation pour leur trouver un emploi”, explique le jeune acteur associatif.

Le cycle consiste en deux mois de formation, pendant lesquels l’immigré “est pris totalement en charge afin de lui permettre d’apprendre dans de bonnes conditions”, ajoute Donat. Viendra ensuite un stage obligatoire de six mois, où l’association s’appuie sur les bonnes relations qu’elle entretient au niveau de la région afin de placer les stagiaires chez des fermiers.

Cette formation est enfin sanctionnée par un diplôme délivré par l’Etat, intégrant la formation par apprentissage telle qu’exigée par le ministère de l’Agriculture.

Aujourd’hui âgé de 29 ans, Donat n’a pas caché sa fierté des résultats obtenus, indiquant qu’il y a des cas où “nos stagiaires migrants qui ont fait la formation sont devenus des gérants de fermes”. Il a également rapporté un cas d’un groupe de migrants travaillant chez un fermier marocain et qui, ensemble, ont décidé d’installer une ferme au Sénégal.

Ces résultats n’ont pas tardé à faire écho, puisque la coopération allemande GIZ a choisi l’association Jiber comme partenaire au titre de l’année 2017-2018, afin de dupliquer le même projet dans la région de Béni Mellal.

“Je suis à Rabat justement pour signer le contrat de démarrage de ce projet”, précise Donat.

Quand nous questionnons ce jeune homme aux regards inquiets sur les valeurs animant son engagement, il répond en deux mots lourds de sens “solidarité et humanité”.

Se considérant citoyen du monde, Donat estime que “l’Homme est partout chez lui. Ce sont les circonstances parfois inopinées qui poussent les immigrés à venir au Maroc pour s’y installer ou pour traverser vers l’Europe”.

“Plusieurs peuples africains figurent parmi les plus pauvres et souffrants de la planète. Beaucoup de migrants que vous voyez dans les rues ont fui les conditions effroyables des guerres, des calamités, mais aussi des catastrophes naturelles, car il existe des migrants climatiques. Donc, ce sont des Hommes qui ont fui la désertification, la guerre et le terrorisme et viennent au Maroc pour bénéficier de la stabilité et la paix qui y règnent”, ajoute-il encore.

“Je me dis que je pouvais être dans leur situation. On peut tous un jour se retrouver migrants ou clandestins, à n’importe quel moment!”, confie Donat avec une voix imprégnée d’un brin de chagrin.

Un migrant est par définition quelqu’un qui est fragile et le plus susceptible de subir tous les torts et abus possibles, fait-il remarquer, tout en appelant à la nécessité d’un cadre juridique protégeant cette frange.

A cet égard, il a salué l’action de régularisation des migrants subsahariens installés au Maroc. “Je remercie beaucoup SM le Roi d’avoir initié cette politique migratoire car cela a soulagé les difficultés de beaucoup de migrants établis au Maroc qui se retrouvaient entre le marteau et l’enclume, c’est-à-dire sans pouvoir accéder en Europe ni savoir comment rentrer chez eux”.

“Heureusement, le Royaume a fait en sorte de donner la chance à ces migrants d’intégrer la société marocaine”, s’est-il félicité.

Et ce jeune homme congolais de conclure qu’une société est jugée par la manière dont elle traite les étrangers. Les Marocains, estime-t-il, “ont fait un saut de l’avant en embrassant cette politique migratoire et en permettant aux migrants de pouvoir bénéficier de la régularisation et de l’intégration dans la société marocaine”.

Al Mustapha Sguenfle