Sebta et Melilla: vers la fin des femmes-mulets?

Des milliers de femmes-mulets sont menacées par le projet de Sebta et Melilla d’intégrer l’union douanière de l’Union européenne. Explications.

Sebta et Melilla veulent intégrer l’union douanière de l’Union européenne. C’est ce qu’a annoncé mardi le président de Sebta, Juan Jesús Vivas, ajoutant qu’il rencontrera ce mercredi son homologue de Melilla, Juan José Imbroda, à ce sujet. Il est «fondamental de travailler main dans la main», ainsi qu’avec le gouvernement de Madrid, «en établissant une feuille de route pour atteindre cet objectif», a insisté l’élu du Partido Popular.

Le gouvernement de Melilla a déjà annoncé au milieu du mois courant son intention d’initier les études nécessaires pour évaluer l’avantage de cette intégration, soulignant qu’elle devrait néanmoins être soumise à une série de conditions. De son côté, Vivas a assuré mardi que l’entrée dans l’union douanière européenne sera positive pour les deux villes. «Sebta, c’est l’Europe, et nous voulons l’être également dans le domaine tarifaire, commercial et dans le domaine du marché commun», a-t-il déclaré, cité par El Faro de Melilla.

Vivas a par ailleurs indiqué que l’intégration de l’union douanière donnerait la possibilité à l’économie de la ville de «s’étendre à travers le Maroc», et que des efforts sont en cours pour que la fluidité commerciale avec le royaume «soit de plus en plus améliorée». Mais quelles sont les véritables répercussions de l’entrée potentielle de Sebta et Melilla dans l’union douanière de l’UE?

Pour Chakib El Khiari, président de l’Association Rif des droits de l’homme, le projet de Melilla et Sebta pourrait entraîner un important problème social au Maroc. En effet, des milliers de personnes vivent du transit des flux de marchandises entre le Maroc et les deux villes. On parle d’une grande chaîne composée des commerçants qui achètent les marchandises, les femmes-mulets qui les transportent jusqu’au côté marocain de la frontière, et ceux qui les récupèrent pour les revendre à travers le royaume.

«Si Sebta et Melilla intègrent l’union douanière, les prix des marchandises dans les présides seront mis à niveau avec ceux du Vieux continent, ce qui impactera largement la contrebande. Alors, où et comment vont travailler toutes ces personnes?», s’interroge s’interroge-t-il. Et d’expliquer qu’il existe des régions autour de Nador où tout le monde vit du transport de marchandises entre le Maroc et les deux présides occupés.

D’ailleurs, ces dernières ne sont pas à l’abri de conséquences importantes. «L’activité économique de Sebta et Melilla repose largement sur les flux de marchandises vers le Maroc. Si l’entrée dans l’union douanière européenne se réalise, les deux villes en souffriront énormément», continue l’acteur associatif. À titre d’exemple, quand les passages frontaliers sont fermés, les plus grands magasins de Sebta et Melilla ferment également, ne pouvant pas faire affaire.