Selon l’Unicef, quatre enfants sur dix sont pauvres au Maroc

Quatre enfants sur dix au Maroc sont en situation de pauvreté multidimensionnelle, dont trois vivent en milieu rural et un vit dans l’urbain. Les détails d’une analyse inquiétante de l’Unicef.

Dans une récente étude sur le « Profil de la pauvreté des enfants au Maroc », le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) relève un taux de 68,7% d’enfants privés dans au moins deux dimensions de bien-être dans le milieu rural, contre 17,1% en milieu urbain.

Ces chiffres reflètent ainsi de grandes inégalités entre les deux milieux en terme de couverture des infrastructures de base et des conditions économiques. L’étude se base sur des indicateurs observés au niveau du ménage d’une part, et de l’enfant, d’autre part.

Un enfant sur 4 est privé d’eau

Au Maroc, environ un enfant sur 4 est privé d’eau. Dans la plupart des cas, il s’agit d’enfants qui vivent dans des ménages qui ont accès seulement à des sources d’eau non améliorées et, en moindre mesure, qui appartiennent à des ménages où la source d’eau est éloignée de l’habitation.

Un peu plus de 8% des enfants sont privés d’assainissement, c’est-à-dire qui vivent dans des logements qui ne disposent pas de toilettes ou déchargent les eaux usagées dans la nature sans traitement.

Par contre, un constat plus marquant, est le niveau de privation dans la dimension relative au logement. En effet, presque un tiers des enfants marocains vivent dans des ménages surpeuplés et/ou bâtis avec des matériaux insalubres.

Naturellement, l’étude relève des niveaux de privation plus élevés dans le milieu rural que dans le milieu urbain.

Pour ce qui est de la couverture médicale, de 46%, pour le groupe d’âge 15-17 ans, à 53%, pour le groupe d’âge 0-4 ans, sont privés d’une assurance médicale de base.

En matière d’accès aux dispositifs d’information et de communication, les taux de privation pour tous les groupes d’âge sont inférieurs à 1%.

Nutrition et santé

Selon la même étude, 27% des enfants de moins de 5 ans sont privés dans la dimension nutrition. Une privation qui se manifeste en plus grande partie sous forme de surpoids et d’obésité que sous forme d’émaciation et/ou insuffisance pondérale. Les deux faces de la problématique nutritionnelle des enfants au Maroc (la sous-nutrition et le surpoids/obésité) sont étroitement liées aux pratiques nutritionnelles inadéquates et à la qualité nutritive de l’alimentation donnée aux enfants.

Les résultats de l’analyse montrent aussi un léger désavantage pour les garçons comparés aux filles, due notamment à une prévalence de l’émaciation plus élevée pour les premiers (9,9% pour les garçons contre 6,4% pour les filles).

En terme de santé, les indicateurs retenus sont liés aux soins périnataux pour les mères, qui plus généralement reflètent l’accès aux soins de santé de base pour les petits enfants.

Dans l’ensemble, 13,4% des enfants d’âge 0-4 ans sont privés dans la dimension santé. Cela est dû au fait que leurs mères n’ont pas eu de consultations prénatales pendant leur dernière grossesse et/ou que leur dernier accouchement n’a pas eu lieu en milieu surveillé.

Retrad d’éducation

En matière d’éducation, les données montrent des niveaux de privation très importants pour les enfants des tranches d’âge 5-14 ans (période de l’éducation obligatoire) et 15-17 ans (adolescence en transition vers l’âge adulte).

Ainsi, pour les enfants de 5-14 ans, le taux de privation s’élève à 12,9%, du fait que 11,3% de ces enfants ne fréquentent pas l’école, la plupart étant les enfants de 5 ans, qui ne sont pas au préscolaire.

L’autre facteur contribuant à ce niveau substantiel de privation est le retard dans l’achèvement scolaire, avec 8,4% des enfants d’âge 13-14 ans n’ayant pas encore achevé le niveau primaire.

Le taux de privation est bien plus élevé pour le groupe d’âge 15-17, pour lequel 35,3% des enfants sont privés dans la dimension éducation, en premier parce qu’ils sont déjà hors système scolaire (29%) ou en retard enregistré dans l’achèvement du collège (12,5%).

En général, ces taux moyens cachent bien d’importantes inégalités entre les enfants selon leurs milieux de résidence, le niveau d’éducation du chef de leur ménage et selon le niveau socio-économique de leur ménage.

Recommandations

Ces résultats devraient guider les politiques pour mieux lutter contre la pauvreté des enfants. L’étude propose ainsi:

– Un focus effectif sur la petite enfance, l’adolescence et le milieu rural,

– Investir dans les domaines impactant le bien-être de l’enfant,

– Mettre en place des interventions de protection sociale sensibles aux enfants afin de lutter contre la pauvreté multidimensionnelle,

– Institutionnaliser un système de suivi régulier de la pauvreté multidimensionnelle et monétaire des enfants.