Hirak: « J’ai dit au juge ce qu’il voulait entendre »

Ce matin du 30 janvier, explosion de colère à la salle 7 de la Cour d’appel de Casablanca, où comparaissent 54 personnes poursuivies suite aux événements d’Al Hoceima. En cause, une vidéo projetée par le président lors de l’interrogatoire de l’accusé Abdelkhir El Yesnari.

La vidéo qui, selon le juge, a été retrouvée sur le portable de l’intéressé,  montre un individu qui s’exprime, index menaçant, kalachnikov et gros poignard en arrière plan. Elle a été envoyée sur le compte Whatsapp d’El Yesnari. 

Bémol, la vidéo a été projetée en mode « mute ». D’où l’indignation de la défense et des accusés, qui crient à la manipulation. 

« Ce n’est pas un Marocain, c’est un yéménite ou un syrien! », lance un accusé, exigeant que le juge mette le son pour vérifier. « Non à l’instrumentalisation de l’opinion publique », ajoute un autre. « Nous n’avons aucune relation avec Daesh, ni avec les Houthis », clame-t-on du box vitré.

 » Monsieur le président, je vous certifie que cet individu est syrien ou yéménite » déclare une avocate de la défense. « Nous recevons tous des vidéos sur Whatsapp, leur réception est automatique et ne signifie pas consentement sur le contenu, elles sont automatiquement enregistrés sur nos portables », soutient Me Khadija Rouggani. 

Nasser Zefzafi a été expulsé de la salle. La tension est à son comble lorsque Ali Torchi, président en charge de l’affaire, décide de suspendre l’audience.

Après reprise, on en sait un peu plus sur le contenu de la vidéo, qui a cette fois-ci été projetée avec le son. La défense et les accusés ont eu raison. L’individu en question parle arabe et avec un accent du Moyen-Orient. Ils adressent des menaces terroristes à un pays étranger, probablement l’Arabie saoudite. Le personnage brandit un couteau.

« Quel rapport entre cette vidéo et le dossier le hirak du Rif et les poursuites? », s’interroge Me Mohamed Mesaoudi, qui requiert son retrait du dossier.

Portable volé, moment de faiblesse 

Le parquet se défend: « La vidéo a été saisie sur la carte mémoire du portable de l’accusé. Elle lui a été soumise lors de l’enquête préliminaire, il n’a pas nié. Il n’y donc pas de contentieux à propos de son existence sur ladite carte mémoire », même si El Yesnari a réfuté out lien avec la vidéo.

Comme il a réfuté avoir publié, sur un compte Facebook qui lui est attribué, un post où il est question « de former des comités populaires munis de matraques, de bâtons et d’armes dans tout Al Hoceima ». L’auteur de l’écrit  « Kheir Eddine El Yesnari. » (Le prénom de l’accusé est Abdelkhire).

Tel qu’il a été projeté sur les écrans de la salle, le post ne porte pas d’indication précise sur la date, sinon un petit « Yesterday at 12:16 ». Me Naima Guellaf le fait savoir et demande une expertise pour déterminer cette date, et si la publication émane bien de l’accusé. D’autant que ce dernier fait valoir que son portable a été volé avant la publication.

Le parquet rétorque que, lors de l’instruction, l’accusé a été questionné sur cette publication et a confirmé en être l’auteur. El Yesnari l’aurait justifié par  » la nécessité de lutter contre le phénomène des vols à Al Hoceima. »

L’accusé reconnaît, et invoque un moment de faiblesse: « A l’époque, j’entamais mon huitième jour de grève de la faim. J’ai constaté que les accusations étaient toutes faites. J’ai dit au juge ce qu’il voulait entendre ».