Grossesse nerveuse: Naïma n’est pas enceinte, son cas est psychologique

Elle s’appelle Naïma et déclare être enceinte depuis 9 ans. Son histoire secoue l’opinion publique depuis plus d’une semaine et les médecins certifient qu’il s’agit d’une grossesse nerveuse. Les explications.

L’affaire de la femme enceinte de 9 ans continue de faire couler l’encre. Elle s’appelle Naima, habite Azrou. Elle est mère de jumelles et a décidé de sortir de son silence. Elle veut en effet savoir «ce qui bouge dans son ventre» depuis 9 ans.

À l’hôpital provincial d’Azrou, les médecins sont unanimes: pas de foetus, Naima n’est pas enceinte. Même son de cloche à Meknès, puis à l’hôpital «Mère et Enfant» du CHU Hassan II de Fès. Sur place, cette femme de 38 ans a été soumise à des examens médicaux. Résultat: «On me répète encore une fois que je n’ai aucun problème. Que tout va bien. Je ne comprends pas, sincèrement, et ça me fatigue», a-t-elle confié.

De son côté, le professeur Moulay Abdelilah Melhouf, chef de service de gynécologie obstétrique au CHU Hassan II de Fès, explique qu’il s’agit d’une grossesse nerveuse. «C’est un cas très rare certes, mais scientifiquement prouvé. Cela arrive dans deux situations précises: lorsque la femme désire profondément un enfant et qu’elle ne peut pas en avoir, ou lorsque la femme a très peur d’avoir un enfant après un traumatisme dû à une fausse couche et c’est bien le cas de notre patiente», souligne le gynécologue.

Le médecin ajoute que le gonflement abdominal est dû à une contraction du colon et du tube digestif. Qu’en est-il alors des mouvements dans le ventre?

«Ce sont des mouvements volontaires», certifie le professeur Melhouf. «La patiente bougeait, elle avait des sueurs, ce qui entre dans le cadre de la grossesse nerveuse». Ce type de grossesse nécessite, selon notre source, une psychothérapie. «Partant de là, nous avons demandé à la patiente de revenir à l’hôpital pour des examens supplémentaires du tube digestif et pour une prise en charge psychologique».

Naima avait d’ailleurs rendez-vous à l’hôpital de Fès ce lundi 8 janvier, mais elle n’est pas venue. «Je suis toujours à Azrou, les routes sont coupées, j’irai dés que possible», a-t-elle déclaré.

Naima, incrédule, a du mal à croire les médecins. «On n’arrête pas de me dire que je n’ai rien», lance-t-elle presque en colère. Entre-temps, elle continue de se rendre chez les spécialistes de la «roqia», préférant croire qu’elle est possédée. «Cela existe, j’ai entendu des femmes raconter ce genre d’histoire au fqih», poursuit-elle.

Chafik Chraibi, gynécologue et chef de service à la maternité de l’hôpital Les Orangers à Rabat, se dit ahuri. «Je ne comprends sincèrement pas pourquoi on accorde tant d’importance à ce cas. C’est une grossesse nerveuse et cela nécessite une prise en charge psychiatrique. Durant ma carrière j’ai déjà eu affaire à des cas similaires», s’étonne-t-il.