Gratuité de l’enseignement: nouvelle crise au PJD

Juste après l’adoption, par le Conseil du gouvernement, du projet de loi-cadre relatif à l’enseignement, El Othmani fait face à une levée de boucliers au sein de son parti.

Le chef du gouvernement fait face à une nouvelle crise au sein de son parti, juste après l’adoption du projet de loi-cadre relatif à la réforme de l’Education. Saâd-Eddine El Othmani, également secrétaire général du PJD, et son gouvernement sont ainsi devenus, depuis quelques jours, la cible des critiques des membres du parti et de son syndicat, rapporte le quotidien Akhbar Al Yaoum dans son numéro du lundi 8 janvier.

La première salve est venue d’Abdelilah Dahmane, responsable du syndicat des fonctionnaires de l’enseignement affilié à l’UNTM, le bras syndical du PJD. Il affirme ainsi que l’instauration de frais d’inscription est une décision hasardeuse qui pourrait avoir de fâcheuses conséquences. Il aurait été plus pertinent, affirme ce responsable syndical, d’instaurer un impôt sur la fortune et d’en consacrer les recettes au financement de l’enseignement. De toute manière, assure le syndicaliste du PJD, son syndicat ne cautionnera jamais l’abandon de la gratuité de l’enseignement.

Quant au conseiller parlementaire Ali Laâsri, il affirme qu’il ne votera jamais ce texte, même s’il devait démissionner du Parlement et quitter définitivement la scène politique. Et ce d’autant que le projet de loi aurait été suggéré par une institution qui, selon lui, n’aurait aucune «légitimité populaire». Pour sa part, Mohamed Boulouze, membre du conseil national du PJD, plus connu pour son appartenance au MUR, a rappelé que «les nationalistes» avaient appelé, dès l’indépendance, à un enseignement s’appuyant sur quatre piliers: la marocanisation, l’unification, l’arabisation et la généralisation. Et, pour lui, la généralisation est assimilée à la gratuité.

Si, selon ce cadre du MUR, les gouvernements précédents en ont fini avec les trois premiers piliers, l’actuel, en décidant de mettre fin à la gratuité corrélée à la généralisation, est en train de saper ce dernier pilier. Rachid Fellouli, également membre du conseil national du parti islamiste, se demande si cette décision ne va pas définivement empêcher l’accès à l’enseignement public des enfants des classes défavorisées, réduisant à néant leurs chances de mobilité sociale.

Cela dit, affirme Akhbar Al Yaoum, journal réputé proche de l’aile de Benkirane au PJD, cette polémique a pris naissance, au sein du parti islamiste, juste après l’adoption du projet de loi-cadre en conseil de gouvernement. Lequel projet a été préparé, notons-le, par l’ancien gouvernement. Il faut également préciser que cette question de levée de la gratuité de l’école publique a souvent été mal interprétée. Comme le rappelle d’ailleurs le journal, il s’agit d’une instauration progressive, qui commencera dans un premier temps par l’Université, de frais d’inscription pour les familles aisées. Cette mesure sera ultérieurement élargie aux lycées.