Le Bitcoin : L’eldorado numérique ou la grande illusion

Le Bitcoin, la crypto monnaie, le Blockchain, des mots en vogue qui reviennent souvent face à l’ascension fulgurante des monnaies virtuelles. Méconnus du grand public il y a trois ans, les rouages du Bitcoin défraient aujourd’hui la chronique et ne cessent de susciter l’intérêt d’internautes, d’entreprises du monde entier, tout comme les inquiétudes de nombreuses autorités financières.

Pour les adeptes des monnaies virtuelles, cet “or numérique” que représente le Bitcoin fait des émules et annonce un monde de demain, tandis que pour les plus sceptiques, ses bons erratiques font craindre une bulle spéculative au sein des milieux financiers.

Créé en 2009 par plusieurs informaticiens dissimulés derrière le pseudonyme de Satashi Nakamoto, le Bitcoin se présente comme une monnaie numérique, privée et décentralisée. Il est le fruit d’une innovation qui implique deux domaines modernes d’activités, la finance et les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Cette crypto monnaie circule dans des réseaux informatiques de pair à pair qui fonctionnent en réseau “Blockchain”, un registre de données décentralisé partagé entre des milliers de machines dans le monde, a expliqué à la MAP Mohammed Akaaboune, professeur d’économie monétaire à l’université Mohammed V de Rabat.

“Il s’agit donc d’un système autonome, qui ne passe pas par le système bancaire pour traiter les transactions et qui n’a pas besoin d’une banque centrale pour son émission”, a-t-il fait savoir.

Pour cet universitaire, l’absence d’une instance responsable de l’émission des Bitcoins et d’un cadre officiel et légal fait que l’indispensable degré de confiance que requiert toute monnaie soit faible voire fragile pour la monnaie cryptographique.

Sur ce point, l’expert rejoint parfaitement la position de Bank Al Maghrib qui a mis en garde contre les risques inhérents au Bitcoin et à la forte volatilité de son cours de change. En effet, en une année, le cours de cette monnaie digitale a été multiplié par 20 passant de 1.000 dollars début 2017 à 20.000 dollars à la mi-décembre, avant de subir une forte érosion.

Le risque engendré par le Bitcoin émane aussi des interventions d’acteurs non régulés ainsi que de son éventuelle utilisation dans des activités illicites, explique la Banque centrale, qui fait observer que l’absence de sécurité des “coffres-forts” permettant le stockage de la monnaie digitale présente aussi un risque opérationnel pour ses utilisateurs.

Si les transactions en Bitcoins, protégées par la cryptographie, ne peuvent pas être falsifiées, les portefeuilles numériques où ils sont stockés peuvent en revanche être dérobés, mettent en garde les experts.

Les Bitcoins présentent également un risque d’illiquidité, renchérit M. Akaaboune, notant que contrairement aux comptes en banques, en cas de cessation de paiements, l’absence de supervision de la part des autorités financières et de fonds de garantie expose les détenteurs de cette monnaie virtuelle au risque de perte sèche.

Cependant, les partisans du Bitcoin ne partagent pas cet avis et voient en la crypto-monnaie une parade contre la rapacité des banques dans la mesure où ce système permet d’effectuer des transactions dans le monde entier, sans aucun intermédiaire et avec moins de frais.

M. Akaaboune a aussi pointé du doigt le caractère spéculatif du Bitcoin, notant que ses créateurs ont fixé dès le départ sa masse globale à 21 millions chose qui confère à cette monnaie une certaine rareté et partant de la valeur.

Il a en outre fait remarquer que dans un cadre économique où les mouvements de capitaux sont contrôlés, le Bitcoin semble présenter une solution informelle de paiement et une opportunité pour les spéculateurs à la recherche de profit rapide.

Nonobstant, certains États ont décidé de fortement limiter, voire de totalement interdire l’utilisation du Bitcoin. À titre d’illustration, la France, la Chine, la Corée du Sud ainsi que le Maroc mettent en garde contre les risques qu’engendre cette monnaie virtuelle.

En revanche, certains pays comme l’Allemagne et les Etats-Unis ont prôné l’encadrement et la régulation de l’utilisation des monnaies virtuelles. Car si l’émission d’une monnaie virtuelle ne peut pas être régulée, son contrôle peut par contre être renforcé.

Le Venezuela est allé même jusqu’à lancer de façon officielle, légale et réglementée le “Petro”, une monnaie virtuelle basée sur les réserves de pétrole du pays, a fait observer M. Akaaboune qui pense que les monnaies cryptographiques portent, notamment pour les pays en voie de développement, l’espoir d’une nouvelle voie pour échapper à la domination des principales devises sur l’économie mondiale.

Tout compte fait, le développement du Bitcoin n’est pas exempt de risques. Comme toute idée novatrice, elle soulève des interrogations et fait parfois l’objet de critiques virulentes. Pour autant, le Bitcoin demeure incontestablement le précurseur d’une révolution monétaire qui a bouleversé le monde de la finance.

Sara Ouzian

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