La Chine, désormais premier partenaire financier de l’Afrique

Histoire oblige, l’Europe reste un important acteur étranger en Afrique, mais elle a perdu du terrain face à des nouvelles puissances dont la Chine, qui est désormais le premier pays indépendant partenaire de l’Afrique.

C’est dans deux jours que s’ouvre le sommet Union africaine-Union européenne à Abidjan, qui se déroulera du 29 au 30 novembre. On y parlera surtout migration et sécurité, deux sujets qui tiennent à cœur l’Europe. Mais on ne pourra pas ne pas évoquer les relations commerciales et le financement du développement, puisque pour l’Afrique, les voisins du Nord ont une responsabilité historique sur ces deux aspects de la relation.

« Quand on dit que l’Europe s’est fait dépasser par la Chine, il faut savoir raison garder. L’Europe tient sa place », indique une source diplomatique européenne à Abidjan qui rappelle que les langues parlées, la coopération culturelle ou universitaire, la présence militaire et l’aide font que « l’Europe reste la référence ». Sauf, plus aucun pays européen pris individuellement n’ose se prétendre rivale de la Chine.

Les chiffres montrent que la concurrence est de plus en plus rude. Selon le ministère chinois du Commerce, le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique a atteint 149,2 milliards de dollars en 2016 (56,9 milliards d’importations et 92,3 milliards d’exportations chinoises). Si l’on prend individuellement chaque pays, la Chine est pour la huitième année consécutive le plus grand partenaire commercial de l’Afrique: loin devant la France et l’Allemagne.

Politique très agressive

La Chine a adopté une politique de dons et de prêts à taux très bas qui lui permet d’être présente sur énormément de grands travaux. « Ils ont une politique très agressive, au bon sens du terme, sur les prêts et celle-ci séduit les Etats », note un observateur économique.

Selon l’Agence Chine Nouvelle, citant Fitch Ratings, les prêts de la Chine à l’Afrique dans les dix dernières années ont totalisé 67,2 milliards de dollars, soit 12,5 milliards de plus que les prêts de la Banque mondiale.

« Les aspects qui attirent les entreprises chinoises vers l’Afrique sont le potentiel de développement, les ressources et le marché. Le gouvernement chinois a le « complexe » du Sud. Il pense que quand le Sud deviendra puissant, le monde sera plus équilibré. La Chine pense peut-être que comme deux des trois pôles de développement du monde (l’Europe et l’Amérique du Nord) sont déjà en décroissance, l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie deviennent la destination naturelle de l’investissement chinois », estime Xu Tiebing, professeur de relations internationales à l’université de Communication de Chine. « Dans le passé, la Chine était plus préoccupée par le côté politique, mais elle accorde maintenant plus d’importance au développement commun et aux avantages mutuels ».

« C’est évident que la présence chinoise et sa montée en puissance ne passent pas inaperçues mais la Chine n’est pas seule à s’intéresser fortement à l’Afrique. Regardez le Japon, l’Inde, les Etats du Golfe. Il y a une multitude d’acteurs », nuance un diplomate européen.

Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ont pris position sur le continent. Fort de ses racines africaines et après s’être concentré en premier sur les pays lusophones, le Brésil a étendu son influence, même si son activité a été freinée par sa crise intérieure. Le commerce Brésil-Afrique a totalisé 12,433 milliards de dollars (dont 7,830 mds d’exportations brésiliennes) en 2016, mais il était de 28,5 milliards en 2013.

« Avec (le président) Lula (2003-2010), les relations Brésil-Afrique ont connu une période de grande intensité », explique le professeur de relations internationales Pio Penna Filho, de l’université de Brasilia. Toutefois, avec l’arrivée de Dilma Rousseff (2011-2016), le Brésil « n’a pas mis fin à sa politique africaine, mais il y a eu une diminution de cette intensité » en raison de la crise au Brésil.

Le professeur Dagbo souligne toutefois que l’Afrique doit renverser la tendance des échanges et notamment cesser d’être perçue comme une « zone de matières premières ». « Exemple: la Côte d’Ivoire produit 2 millions de tonnes de cacao mais n’en transforme que 20%. C’est ça qui doit changer ».

« Il faut sortir des relations hégémoniques issues de la colonisation et créer des conditions pour que l’Afrique se développe de manière endogène. Investir dans la qualité de l’enseignement… Le marché africain compte déjà plus d’un milliard de personnes et va continuer à grandir (2,5 milliards en 2050 selon l’ONU) ».

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