Droits de l’homme et expulsion des migrants: compromission d’Alger et complaisance de l’UE

Si l’on peut comprendre avec beaucoup de générosité, de largesse et d’ouverture d’esprit les positions très souvent alambiquées de l’Union européenne vis-à-vis des questions qui préoccupent le monde, car elle se débat elle-même dans des crises interminables passant de bisbrouille en bisbrouille (Brexit, migration, terrorisme), l’on ne peut admettre son silence face au traitement inhumain et dégradant qu’infligent les autorités algériennes aux migrants subsahariens, victimes d’une véritable purge.

De passage à Bruxelles pour une “démonstration de triceps” à la veille d’un sommet très attendu à Abidjan devant réunir, fin novembre prochain, Européens et Africains autour de stratégies de coopération future et pour lequel Alger déploie toutes ses forces dans le vil objectif d’imposer la participation de la pseudo rasd, une délégation officielle algérienne a été soigneusement reçue par quelques responsables, mercredi et jeudi dans la capitale européenne.

Elle n’a été ni inquiétée ni interrogée sur la chasse aux migrants que mène le régime depuis quelque temps dans le pays, sans oublier les incartades et les sorties matamoresques de certains hauts commis de l’État algérien qui qualifient les migrants tantôt de «porteurs de virus mortels», tantôt de «danger à la sécurité du pays».

A la lecture des comptes rendus de la visite de cette délégation à Bruxelles rapportés par l’APS, tout laisse croire que l’Algérie est un long fleuve tranquille dans une région où elle accomplit un “travail considérable” pour sécuriser ses frontières et où elle joue un “rôle de premier plan” dans la stabilisation. Dixit Mme Mogherini.

Autre pantalonnade et non des moindres, la phrase attribuée par l’APS au président du parlement européen Antonio Tajani qui affiche sa «très grande satisfaction du travail que l’Algérie accomplit pour la stabilisation de la rive sud de la Méditerranée”.

Passés les détails de tous les superlatifs de la grammaire française utilisés par la très fumante “APS” pour décrire l’ambiance des contacts de la délégation algérienne à Bruxelles, aucun mot sur le drame que vivent les migrants jetés en pâture et abandonnés dans le désert.

Jusque là les alertes des ONGs, de la presse internationale et des organismes de défense des migrants sont restés inaudibles auprès de l’aréopage juridico-politique européen qui regarde ailleurs.

Pourtant en ces moments d’euphorie factice où Européens et Algériens célèbrent à Bruxelles une lune de miel née d’«une première session du dialogue de Haut niveau Algérie-Union européenne en matière de sécurité régionale », dit-on, on expulse à tour de bras.

Selon l’organisation euro-méditerranéenne des droits de l’Homme “Euromed Droits”, «plusieurs centaines de personnes d’origine subsaharienne ont été arrêtées arbitrairement à Alger entre fin septembre et début octobre 2017 par les services de police et de la Gendarmerie Nationale (…) Elles ont été privées de liberté de façon arbitraire au centre de Zeralda (banlieue ouest d’Alger) et transportées sous la contrainte de manière collective à Tamanrasset où elles ont été confinées dans un lieu de privation de liberté».

L’ONG, qui a saisi ce jeudi l’ONU et la communauté internationale à ce sujet, précise que «ces personnes ont ensuite été abandonnées en plein désert dans la zone frontalière au sud du pays pour les inciter à quitter le territoire», relevant que «ces opérations s’apparentent à des expulsions collectives, qui ont visé les nationalités suivantes : malienne, guinéenne (Guinée Conakry), sénégalaise, nigérienne et camerounaise».

Le traitement dégradant des migrants en Algérie est ainsi érigé en mode de gouvernance. Au plus haut sommet de l’État, c’est toute honte bue, que ministres et autres apparatchiks déversent leurs critiques et insultes sur les subsahariens à longueur de journée.

Sur le terrain, des ordres sont donnés à la police pour mener des rafles et opérer des expulsions musclées en violation des droits de l’homme les plus élémentaires.

S’ajoute à ce florilège désenchantant pour l’UE et accablant pour Alger et qui dévoile le vrai visage d’un régime délibérément “africanophobe”, les violations flagrantes des droits de l’homme dans les camps de Tindouf, au sud ouest algérien, où des populations sont parquées depuis des dizaines d’années dans des conditions inhumaines, éloignées de leurs familles, privées de liberté et de droits et qui attendent un avenir retenu en otage par l’Algérie.

Adil Zaari Jabiri

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