Sao Paulo-Casablanca: la nouvelle route de la coke

Il ne se passe pas une seule semaine sans que les autorités de l’aéroport Mohammed V n’annoncent au moins une arrestation pour trafic de cocaïne. Qu’est-ce que cela cache?

Un des deux plus grands producteurs mondiaux de cannabis, et premier exportateur de haschich vers l’Europe, le Maroc occupe également une place de choix, que peu soupçonnent, dans le trafic mondial de la cocaïne. En effet, il ne se passe pas une seule semaine sans que les autorités de l’aéroport Mohammed V n’annoncent au moins une arrestation pour trafic de cocaïne.

Pas plus tard que le 28 septembre dernier, la police de l’aéroport de Casablanca a arrêté un Brésilien en possession de 6,3 kilogrammes de cocaïne. Une semaine avant, c’était un steward de la Royal Air Maroc (RAM) qui tombait dans les filets des mêmes agents en possession de 12 kilogrammes de cocaïne, la « plus grande quantité saisie depuis longtemps », selon le responsable des Douanes. Ces deux prises effectuées à quelques jours d’intervalles au cours du même mois, ne sont qu’une infime portion des nombreuses tentatives de passages de cocaïne mises en échecs (ou pas?) au niveau du premier aéroport du Maroc. Qui sont ces «mules»? D’où viennent-elles? Quelle est leur destination?

Autant de nationalités que de «mules»

Travailler à la douane de l’aéroport Mohammed V n’est pas de tout repos. Chaque année, des dizaines de personnes transitent par l’aéroport de Casablanca avec des quantités importantes de cocaïne en leur possession. Mais nombreuses sont celles qui sont découragées par la vigilance des agents de sécurité marocains. Et l’on rencontre autant de nationalités que de passeurs: Marocains, Tunisiens, Vénézuéliens, Burkinabés, Brésiliens, Nigérians, Namibiens, Bissau-guinéens, Espagnols, Sud-Africains, Ghanéens, Roumains, etc. Tous, ou la vaste majorité d’entre eux, ont été arrêtés en provenance de l’aéroport de Sao Paulo.

En effet, l’aéroport brésilien pourrait être considéré comme l’une des principales portes de sortie vers l’Europe de la cocaïne, qui est produite quasi-exclusivement en Amérique du Sud. Trois pays se partagent la production mondiale de ce produit naturel extrait des feuilles de coca. Il s’agit de la Colombie (410 tonnes par an), le Pérou (300 tonnes) et la Bolivie (110 tonnes).

Aéroport Mohammed V: un hub du trafic international de cocaïne

Auparavant, trois routes aériennes principales existaient pour exporter la cocaïne depuis l’Amérique du Sud vers l’Europe, selon un rapport de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies. La première partait des Antilles à la péninsule ibérique en passant par les Açores, tandis que la deuxième commençait en Amérique du Sud et passait par le Cap Vert, Madère et les Iles Canaries à destination du Vieux Continent. Quant à la troisième, appelée la «route africaine», elle passait par l’Afrique de l’Ouest à destination du Portugal et de l’Espagne. Mais, il y a quelques années, l’on a vu la naissance d’une nouvelle route: Sao Paulo-Casablanca.

Mais l’aéroport de Casablanca, notamment grâce à la position géographique du Maroc, joue un rôle particulier dans le trafic international de la cocaïne. En effet, une partie des arrestations pour détention et trafic international de drogues dures concernait des personnes voyageant à destination de l’Espagne, mais également vers Beyrouth (Liban) ou encore Istanbul (Turquie). Mais le continent africain n’est pas en reste, de nombreux transporteurs de cocaïne ayant été arrêtés avant d’embarquer vers des destinations comme le Bénin, le Liberia, la Guinée, le Ghana, la Centrafrique, etc.

La fin justifie les moyens

Et ces voyageurs ne sont jamais à court d’idées pour espérer tromper la vigilance des douaniers de l’aéroport Mohammed V. Tandis que certains ont été arrêtés alors qu’ils avaient dissimulés d’importantes quantités de drogues dans leurs bagages, d’autres optent pour la méthode plus audacieuse de la «mule», c’est-à-dire en voyageant avec des capsules de cocaïne… dans leurs estomacs. Une autre catégorie, plus prudente, préfère dissimuler la drogue dans les sous-vêtements, quand les plus ingénieux pensent à la dissimuler dans des produits pour bébés ou des boîtes de savons. Malheureusement, certaines tentatives finissent en drame: la «mule» meurt, par exemple, lorsqu’une capsule se déchire dans son estomac. Une fin triste et douloureuse.

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