La rubrique d’Omar #1 : la vision critique d’un Marocain sur le Maroc.

Découvrez la première rubrique d’Omar sur le Maroc et ses contradictions.

Chez moi en Afrique dans un pays proche géographiquement de l’Europe, comme une fleur arrachée à la nature et luttant, résistant à un sacrifice dont elle est l’objet, mon Pays, le Maroc, autrefois soumis au protectorat français, se perd, son identité culturelle s’évapore, nous laissant nous jeunes spectateurs « troublés », désarçonnés, incapables de tenir un discours logique : sommes-nous marocains et musulmans comme le clame notre devise nationale (Allah, la patrie, le Roi) ?

La rubrique à Omar: la vision critique d'une Marocains sur les contradictions du Maroc.

Sommes-nous les marocains « contemporains » en phase de transition ? Chez moi, comme probablement partout ailleurs, je suis né soumis aux lois et à la morale de mon pays. Je ne suis pas sociologue mais ayant goûté à tout ce que mon pays offre de beau et aussi d’écœurant, je sais que je peux me permettre d’aborder ce sujet délicat avec toute l’élégance qu’il mérite, ou du moins je sais être en mesure de partager mon expérience passée au sein de cette « humble » société pour apporter une « humble » et modeste vision d’un jeune d’une fraîche et petite vingtaine d’années. 
Mon pays est justement élégant : ses palmiers, son beau temps, et ses paysages homériques expriment toute la simplicité de cette infime partie du monde (simplicité ou l’état d’un pays en voie de développement où les occidentaux viennent passer du beau temps loin des grandes villes ultra-modernes mais pluvieuses) La société ?
Une société comme toute autre société du 21ème siècle, une société urbaine, active, agitée, brutale et de (fausse) réputation clémente et généreuse. Une société à ne réellement plus en douter schizophrène, malade et susceptible qui regarde dans toutes les directions sauf la sienne (au fil des années, à la forte tendance de l’abrutissement on a bien suivi !)
Contrairement à ce que pense grand nombre d’entre nous, le problème ne vient pas du « système », il vient de nous. Du fait que certains aient une vraie culture marocaine tandis que d’autres ont été inconsciemment (ou consciemment) orientés vers une culture plus ou moins française. Le problème est que cette désormais diversité de culture n’a pas été bien utilisée, elle a créé un réel problème d’identité : au lieu d’en faire une force, on a fini par diviser la société, ou l’identité marocaine. Les uns veulent s’éloigner de l’image du marocain de souche, les autres veulent ne plus être cet autre.
Le premier facteur de cette différence de culture s’exprime par les différences entre les classes sociales : mon pays est, en effet, hypocritement serviable envers les favorisés et franchement intraitable envers les défavorisés. Mon beau pays a donc deux aspects : il est euphorique et dépressif, serein et incertain, noble et effronté. Ces deux aspects qui ont été « plantés » dans l’histoire de mon pays ont donné bien plus tard deux facettes à ces habitants.  
Aujourd’hui notre génération a grandi dans cette fatalité dont personne ne nous a jamais parlé, cette malédiction qui nous a suivis au fil des générations. Cette « plantation » inexplicable et introuvable dans l’histoire de mon pays a germé pour donner naissance à une hypocrisie générale et à un égoïsme viscéral. Car chez nous on ne dit pas « ma vie vaut plus que celle de mon voisin » mais on pense tout bas « mon avis vaut plus que la vie de mon voisin » ce qui expose au grand jour l’impureté de notre caractère.
Une réelle haine est née et elle grouille de toute part de la société, elle se traduit par des visages grincheux, « repoussants », « alarmants ». Les disparités sociales, se concrétisant de plus en plus dans le matériel, les riches veulent toujours plus être riches, plus beaux et bien coiffés comme dans ces publicités qu’ils passent (eux-mêmes) sur ces horribles chaines abrutissantes.
Quant aux autres, qui ont eu moins de moyens pour jouir du « matériel », à défaut de pouvoir espérer devenir riche (puisque réel monopole de la richesse par les riches), ils ont nourri une haine qui explose en des agissements brutaux, impies et immoraux et n’ont plus que les publicités de ces chaines abrutissantes pour se créer une illusion, un rêve d’une petite dizaine de minutes. Ça m’a pris toute une vie – une petite vingtaine d’années- pour voir les choses sous cet angle de vue et c’est bien cette société qui m’a poussé à les voir ainsi. Elle m’y a poussé petit à petit sans attendre quoi que ce soit en retour.
Elle m’a offert le réconfort qui s’est écroulé par les mains de mes amis, elle m’a donné l’amour qui m’a anéanti, et elle m’a servi des drogues légales et illégales pour oublier mes tourments. J’ai fait un choix celui de ne plus connaitre plus de gens hypocrites, celui de ne plus faire aucun effort pour être aimé, et de ne jouir que de mon épanouissement personnel.
Ah mon Maroc tes palmiers si beaux, tes paysages si somptueux et tes si belles mers n’exprimeront jamais la laideur à laquelle fait face tes habitants qui donnent leur cœur et leur foyer aux étrangers et qui ferment leur songes et leurs portes aux autochtones. Chez moi, dans mon pays, dans mon beau pays, tous les esprits sont troublés.

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